Sur le vif

« Entrisme islamiste » à l’école : la Grande Mosquée de Paris dénonce le discours de Gabriel Attal

Rédigé par Lina Farelli | Lundi 22 Avril 2024 à 15:05



La Grande Mosquée de Paris a exprimé, lundi 22 avril, « sa plus vive préoccupation » des propos tenus par le Premier ministre, Gabriel Attal, sur « l'entrisme islamiste » à l’école lors de sa visite, quelques jours plus tôt, à Viry-Châtillon (Essonne). C’est devant un collège de cette ville qu’est décédé début avril le jeune Shemseddine après une violente agression devant son collège. Gabriel Attal a alors dénoncé « des groupes plus ou moins organisés qui cherchent à faire un entrisme islamiste » en prônant des « préceptes de la charia » à l’école. Des propos qu’il a réitérés lors d’un passage télévisé sur BFM TV jeudi 18 avril.

La Grande Mosquée de Paris, pour qui « l'emploi du terme "entrisme", issu de l’idéologie politique trotskiste, est totalement inapproprié dans ce contexte », « déplore une généralisation qui risque de stigmatiser une portion significative de la composante musulmane de France, compromettant ainsi l'unité nationale ». A travers son discours, le Premier ministre a insinué qu’il existe « une infiltration d'idéologies radicales dans nos institutions, notamment dans le milieu éducatif ». Or « de telles allégations nécessitent des preuves tangibles pour être considérées comme crédibles et ne peut se contenter de déclarations politiciennes ».

Un appel au discernement lancé

« En tant que citoyens de confession musulmane, nous sommes fermement engagés à lutter contre toute forme d'extrémisme et nous sommes disposés à être en première ligne pour lutter contre les dérives, pour peu qu'elles nous soient clairement identifiées », insiste l’institution religieuse, qui juge « regrettable de lier des actes de violence isolés à une supposée contestation des valeurs républicaines et de la laïcité ». « Une approche nuancée est indispensable pour éviter toute stigmatisation ou discrimination », poursuit-elle.

La Grande Mosquée de Paris appelle « fermement » Gabriel Attal et le gouvernement « à faire preuve de discernement dans leurs discours, particulièrement en cette période électorale où fort malheureusement l'islam et les musulmans sont trop souvent instrumentalisés comme un argument dans la course aux voix de l'extrême droite ».

« De même que les musulmans ont un rôle à jouer dans la lutte contre l'extrémisme, le gouvernement a le devoir et la responsabilité de combattre l'extrême droite en évitant de la nourrir par la stigmatisation des musulmans. La promotion du dialogue, de la compréhension mutuelle et de l'inclusion reste indispensable. La lutte contre la violence et l'extrémisme doit privilégier l'éducation, la prévention et la cohésion sociale, plutôt que la division et la stigmatisation », conclut-elle.

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