« Les savants sont les successeurs des prophètes » car ils donnent du sens à ce qui dépasse l’entendement du commun des mortels. Leur souvenir est un devoir que nous nous devons d’honorer afin qu’à leur présence survive leur œuvre. Incontestablement, le Pr. Muhammad Hamidullah fut un savant musulman du XXe siècle. Un de ces premiers savants musulmans qui, aidé par les circonstances historiques, a choisi de vivre en Europe. Cela fait déjà un an que le Professeur nous a quittés. Bref retour sur la vie et l’œuvre d’un musulman exceptionnel du siècle dernier.
Une vie consacrée à la science et à l’enseignement
Hamidullah était un véritable ascète, à la spiritualité authentique. Il était humble, discret, mais hautement compétent. Tous ceux qui l’ont connu le présentent en insistant sur ses grandes qualités : humilité, érudition, sagesse et infatigable dévouement pour la cause de l’islam.
Le Professeur n’a jamais cherché la reconnaissance ou la richesse et fuyait les mondanités. Il ne s’est jamais marié et a consacré toute sa vie à l’étude de l’islam. De 1948 à 1996, il a vécu en France, dans une chambre de bonne au 4 rue de Tournon, dans le 6e arrondissement de Paris. Sa minuscule pièce était submergée de livres, de revues ainsi que de son importante correspondance. Pour des raisons médicales, sa nièce a dû le faire rapatrier aux Etats-Unis. Il est décédé le 17 décembre 2002 à Jacksonville en Floride, il avait alors 95 ans.
Une œuvre colossale toujours d’actualité
Chercheur au CNRS, il intervenait régulièrement comme invité dans certaines universités, notamment l’université de théologie d’Istanbul. Mais surtout, il dispensait des cours de religion musulmane en français à des étudiants musulmans venus de tous les horizons ainsi qu’à des convertis. Il était entre autre connu pour ses enseignements dispensés dans le local de l’Association des Etudiants Islamiques en France au 23 rue Boyer-Barret dans le 14e arrondissement de Paris. Il en était d’ailleurs le fondateur (1962).
Son travail le plus colossal aura été la traduction du Coran en français à partir du texte arabe [3]. Il aura d’ailleurs été le premier musulman à le faire. Aujourd’hui, sa version est devenue la référence diffusée à des millions d’exemplaires. Cette traduction avait été initiée par une personne qui était venue le voir un jour pour lui demander s’il existait une traduction faite par un musulman. Comme il n’en existait pas, le Professeur Hamidullah décida de s’y atteler [4].
L’autre monument de Hamidullah est la biographie du Prophète en français [5]. Cette œuvre magistrale a connu tellement de succès, tant auprès du grand public que des universitaires, qu’elle a été rééditée cinq fois et traduite en plusieurs langues. Tout en étant présent dans des cercles très spécialisés, le Professeur Hamidullah a également été un grand vulgarisateur de la religion musulmane ; ceci grâce à ses écrits, ses conférences ainsi qu’à ses prêches.
Le Professeur Hamidullah a toujours travaillé à partir des sources originales de l’islam. Pour ce faire, il a beaucoup voyagé en Europe et dans de nombreux pays musulmans. C’est ainsi qu’il a découvert le plus ancien manuscrit de hadith dans une bibliothèque de Damas : « Sahifah Hammam ibn Munabbih » [6] pour lequel il a consacré plusieurs travaux.
Pour le remercier de sa contribution aux célébrations du 15e siècle de l’hégire, le président pakistanais Zia [7] a offert à Hamidullah la plus haute distinction civile du pays ainsi qu’une récompense d’un million de roupies (23 000 euros). Le Professeur a préféré décliner la distinction et a offert le million de roupies au Centre d’études islamiques d’Islamabad [8].
De la nécessité d’une fondation pour la mémoire
Durant cette journée, il a beaucoup été question de ses ouvrages semés à travers les continents. Les discussions ont également porté sur les écrits apocryphes [11] et le problème des droits d’auteur [12] liés à son travail.
Parmi les enjeux majeurs relatifs à l’œuvre du Professeur Hamidullah, l’assemblée en a relevé deux. Le premier est le recensement exhaustif et la transcription de toute son œuvre quelle que soit la langue (articles, livres, conférences…) ainsi que son rassemblement en un lieu unique. Le second enjeu d’engager un travail de fond pour approfondir sa pensée et la commenter. L’objectif étant la continuation de ce parcours intellectuel.
Nous sommes collectivement responsables de la sauvegarde, de la transmission et de l’enrichissement de ce patrimoine.
A la fin de la journée, quelques personnes ont suggéré la création d’une « Fondation Hamidullah ». Une équipe de travail a même été mise en place pour réfléchir à la question. Un an après sa mort, où en sommes-nous ? A quand un panthéon intellectuel de l’islam européen ?
[1] Il aurait soutenu cinq thèses de doctorat. Selon l’article de Amara Bamba, « Hamidullah, tel que je l'ai connu », paru le lundi 30 décembre 2002 sur le site de www.saphirnet.info
[2] Selon sa nièce in « News Letter of Higher Education Commission », Islamabad
[3] La première version de cette traduction date de 1959
[4] Selon l’article de Amara Bamba, « Hamidullah, tel que je l'ai connu », paru le lundi 30 décembre 2002 sur le site de www.saphirnet.info
[5] Le Prophète de l’islam, 2 tomes, Editions Association des Etudiants Islamiques en France
[6] Sahifa Hammam ibn Munabbih, Association des Etudiants Islamiques en France, 1979
[7] Général Muhammad Zia-Ul-Haq (1924-1988)
[8] In « News Letter of Higher Education Commission », Islamabad
[9] « Hommage au Professeur Muhammad Hamidullah », Paris, 26 avril 2003. Colloque organisé par l’Association des Etudiants Islamiques en France en collaboration avec Horizons Cultures & Civilisations (HCC) et le Conseil Musulman de Coopération en Europe (CMCE)
[10] Recteur de la mosquée Bilal à Aachen en Allemagne
[11] La dernière traduction du Coran en français assumée par Hamidullah est celle qui date de 1989. Celle-ci a été révisée et éditée par la présidence générale des directions des recherches scientifiques islamiques, de l'ifta, de la prédication et de l'orientation religieuse (Riyad, Arabie Saoudite) puis publiée en 1990 sous le titre 'Le Saint Coran et la traduction en langue française du sens de ses versets'. Cette dernière version n’a pas reçu l’approbation du Professeur
[12] Un certain nombre d’éditeurs ne se gênent pas pour éditer les œuvres de Hamidullah sans le moindre respect des règles de droit d’auteur. Ceci constitue un délit de contrefaçon au sens du Code de Propriété Intellectuel (CPI, art L.335-1 à L.335-10)
Biographie indicative en français